L'auto-érotisme

L'auto-érotisme

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Un peu de légèreté cette semaine ! Nous avons choisi de parler d’un acte que tout le monde pratique mais n’ose avouer… : l’auto-érotisme, également nommé onanisme, qui désigne les pratiques individuelles de masturbation. Le terme provient du crime d'Onan, personnage de la Genèse. Si Diderot, libertaire, en parlait comme de la « chose douce et l’instant délicieux », Sartre lui, le concevait comme « l’acte démoniaque pur ». Nous parcourrons dans cet article les diverses interprétations de l’onanisme au cours de l’histoire, ses bienfaits, puis nous aborderons le rôle de la masturbation pendant l’acte sexuel.  Nous terminerons en citant quelques expressions parfois cocasses qui s’y réfèrent.

 

La masturbation à travers les époques

Dans son livre, « Nouvel éloge de la masturbation », Philippe Brenot, sexologue, montre toute la complexité liée à  la culpabilité collective que provoquait cet acte autrefois. Il relate par ailleurs l’impact terrible qu’a eu le livre « Essai sur les maladies produites par la masturbation », paru en 1758 à Lausanne par Samuel Tissot, un médecin reconnu. Ce dernier relatait les soi-disant maux provoqués selon lui par l’onanisme. Même Rousseau l’encourageait : « Cet ouvrage est un service rendu au genre humain. ». Dans la revue scientifique L’Encéphale, paru en 1882, le médecin turc, Démétrius Zambaco racontait comment deux jeunes sœurs qui se livraient à un onanisme « effréné » ont été contraintes de porter une camisole de force, ont été fouettées et brûlées car « seule la cautérisation au fer rouge a donné des résultats satisfaisants. ». Pendant ce siècle furent inventés des objets pour lutter contre la masturbation, comme par exemple des corsets pour filles et garçons, des anneaux péniens anti-masturbation et des « un anneau pénien muni de pointes érectiles » pour la nuit dont le but était de réveiller les jeunes hommes à la moindre érection… Lorsqu’à la fin du 17e, les spermatozoïdes furent découverts par le néerlandais van Leeuwenhoek, la masturbation devint alors synonyme de génocide :  elle provoque la mort d’un « petit être complet qui ne demandait qu’à grandir »…

Parmi les croyances bien marquées au XVIIIe siècle, il était dit que les femmes se masturbant avaient des clitoris surdimensionnés. Certaines femmes, surtout lesbiennes auraient d’ailleurs « un clitoris aussi gros que le cou d’une oie » ; elles furent souvent fouettées en place publique pour en avoir abusé. Un siècle plus tard, les Goncourt prétendirent que George Sand avait un clitoris si grand qu’il se voulait l’égal de leur vergeHeureusement, la masturbation ne fut pas toujours source de gêne, comme dans la Rome antique par exemple ou au temps de Louis XIII, ce dernier ayant été initié par sa nourrice à l’autoérotisme. A la même époque, les sages-femmes apprenaient aux femmes à se masturber pensant que l’orgasme facilitait la fécondité…

 

La masturbation, essentielle au bien-être

Pendant l’acte, le cerveau libère des endorphines, ou hormones du plaisir, qui procurent un sentiment de bien-être. De plus, elle favorise le sommeil. Moins nocive que le somnifère et plus efficace que la tisane, elle plonge délicieusement dans les bras de Morphée. La diminution de la pression du sang, combinée à l'orgasme qui épuise le corps, provoque presque instantanément un endormissement paisible. Tout cela, grâce à la libération des neuro-hormones dans le cerveau. La masturbation multiplie les orgasmes chez la femme. L'appétit venant en explorant ses zones érogènes, les femmes peuvent jouir seules, une, deux ou trois fois de suite. La masturbation est une façon très efficace de satisfaire seule sa libido, par choix de célibat ou en période de « disette amoureuse ». La masturbation est très pratiquée chez les jeunes garçons. L'acte permet d'apprendre à connaître son corps et ses réactions, de soulager les tensions, de prendre du plaisir seul, enseigne la maîtrise de l'érection et de l'éjaculation.  La pratique se poursuit bien au-delà de l'adolescence. 87 % des hommes reconnaissent se masturber régulièrement. Elle réduit la pression artérielle. Trois orgasmes par semaine (seul ou en couple) réduiraient de 50 % les risques de problèmes cardiovasculaires. Elle serait également bienveillante pour la prostate et diminuerait - selon une étude australienne, d’environ 30 % les risques de cancer qui y sont liés. Enfin La masturbation développe l'imaginaire, les fantasmes. En couple, elle alimente le jeu dans la sexualité.

 

La masturbation dans le couple

Vous en avez envie, mais vous n'osez pas le faire pendant l'acte sexuel ? Selon Catherine Solano, médecin sexologue, différentes combinaisons sont possibles : les deux partenaires peuvent se caresser l'un en face de l'autre, chacun peut se stimuler lors de la pénétration, la fellation, le cunnilingus... Le partenaire pourra se trouver fort excité et stimulé en observant l’autre se masturber lors de vos ébats amoureux. Et cela peut donner du piquant à vos relations et éviter éventuellement de ne pas être frustré si le partenaire n’arrive pas à l'orgasme. C'est également l'occasion de montrer à votre partenaire comment s'y prendre pour vous faire grimper aux rideaux ! vous pouvez prendre la main de votre partenaire et vous caresser avec, guider votre partenaire pendant une stimulation clitoridienne ou vous caresser vous-même.  La pratique peut emmener plus loin que la théorie, le plaisir peut vous amener à ne plus réfléchir à cet acte mais juste à le vivre.

Pour finir, voici une liste non exhaustive d’expressions cocasses sur la masturbation. Chez l’homme : agréable démangeaison, danse obscène, one-man-show, prostitution manuelle, se taper sur la colonne, cirer le pingouin, s’effeuiller le baobab, emmener Popaul au cirque, moucher le cyclope, polir le mât, se battre les couilles en neige, se crosser (Québec), se passer un poignet (Québec), se pogner le bat (Québec), se cirer le manche, se dégorger/palucher le poireau, se lustrer l’asperge, se taper sur la colonne, se raboter le gourdin, zapper sur manuel, se tirer sur l’élastique… Pour les femmes : se doigter, tourner la salade, se trifouiller le lardon, se rouler la bille…

 

Vous connaissez certainement d’autres expressions, n’est-ce pas ?  Que vous inspire ce thème ? Oserez-vous témoigner… ?

 

 

Photo © Adobe – Auteur :  llhedgehogll

Betty_Nelly, 17.09.2020