Le retard

Le retard

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« Le retard est la politesse des artistes... » disait André Maurois, romancier. Les citations ont beau lui donner du charme, être en retard peut être un véritable calvaire pour le retardataire et se montrer très dérangeant pour celui qui doit attendre. Tout le monde connaît dans son entourage quelqu’un qui est perpétuellement en retard. Si ce comportement paraît impoli et en exaspère certains, il ne signifie cependant pas que le retardataire le reproduit consciemment. Parce qu’ils ont une autre notion du temps qui passe ou parce qu’ils sont atteints d’une pathologie, les gens en retard peuvent passer à côté d’opportunités et subir des conséquences comme la perte d’un emploi ou la perte de confiance de leur entourage. Pourquoi sont-ils alors toujours en retard ? Peut-on remédier au caractère pathologique du retard ? Qu’en est-il du retard lors d’un rendez-vous galant ? Creusons un peu.

 

Notion différente du temps qui passe

Les retardataires perçoivent l'écoulement du temps différemment des gens ponctuels. Ils le sous-estiment et croient par exemple que vingt minutes se sont écoulées alors que ce sont trente minutes en réalité. Une étude menée dans les années 90 par le professeur Diana De Lonzor, auteure de Never Be Late Again, met en évidence certains facteurs psychologiques qui contribuent au retard chronique. Elle attribue un profil à chaque type de retardataire. Le « deadliner » est le profil le plus commun. Il est celui qui ne parvient à être productif que dans l'urgence et qui aime travailler sous pression. Ce dernier affronte quotidiennement la menace de la procrastination. De son côté le « producer » aime faire le plus de choses possibles en un minimum de temps et sous-estime la durée des tâches qu'il doit effectuer. Le « productif » prévoit trop d’activités en une seule journée. Le « absent minded professor » se laisse distraire facilement et s’éparpille sur des tâches secondaires. Le « rationalizer » ne reconnait pas son retard et préfère blâmer les éléments extérieurs (panne de réveil, embouteillages etc.). L’« indulger » a du mal à gérer son temps et se blâme pour son retard. L’« evader » essaie de maîtriser son anxiété en voulant tout contrôler, (ne peut quitter sa maison que lorsque celle-ci est parfaitement rangée). Enfin le « rebel » savoure le fait d’être en retard, parce qu’il aime l'idée d’être attendu. Il s’agit dans ce cas précis de personnes qui manquent d'assurance et qui se complaisent dans l’idée que quelqu’un les attend.

 

Le retard, une pathologie

Un retard causé par un événement extraordinaire (intempéries, perturbation importante des transports…) est excusé. Par contre, un retard répété sans raison solide peut être l’objet de graves sanctions. Pour Alexandra Rivière-Lecart, psychologue clinicienne à Paris, la tendance à être toujours en retard relève du trouble comportemental : «Nous sommes là en présence de personnes qui ne peuvent pas s’empêcher d’être en retard et dont le comportement a des impacts directs sur leur vie. Cela peut être pathologique.» Les retardataires chroniques peuvent difficilement être pris au sérieux par leur entourage et doivent s’entendre dire :  « ce n'est quand même pas si compliqué de regarder sa montre et de partir à temps pour être à l'heure ! » Ils sont considérés comme dans gens ne faisant aucun effort et qui leur manquent de respect. Paradoxalement, si certains persistent et sont en permanence en retard, d'autres savent être à l'heure lorsque la situation l'exige (train, avion, rendez-vous médical) : de quoi irriter ceux qui passent leur temps à les attendre ! La psychologue explique que les retardataires savent être ponctuels quand il s'agit de rendez-vous administratifs qui n'impliquent pas de « lien affectif »…

 

Une meilleure organisation

Bonne nouvelle, la personne en retard peut se réconcilier avec sa montre s'il le décide et s’il adopte certaines règles et travaille sur soi pour changer. Certains ont une vision trop « optimiste » de leur emploi du temps. Ces derniers doivent travailler sur la prise en compte des temps de transport et des imprévus. D’autres doivent acquérir une certaine maturité et faire en sorte de vaincre la procrastination car la tendance à repousser les tâches qu’ils n’ont pas envie de faire pollue leur quotidien. Pourtant des projets délivrés à temps entretiennent l’estime de soi alors un mot d’ordre s’annonce, c’est l’organisation ! : Se préparer par exemple quelques post-its sur le bureau ou sur le frigo pour se guider dans les tâches à effectuer. Apprendre à consacrer un temps limité à chaque tâche. Une bonne organisation et de la discipline aident à s’arrêter de s’éparpiller et à ne pas se laisser déborder.

 

Rendez-vous galant et retard

Il y a ceux qui prennent du plaisir et se sentent importants à l'idée qu'on les attend, qu’on les désire. Certains ont besoin de se faire remarquer et se servent inconsciemment ou consciemment du retard pour tester l'autre et avoir le contrôle sur lui en le mettant en situation d’attente. Méfiance tout de même, il y a quelques codes à respecter !. Arriver trop en avance peut s’avérer rédhibitoire surtout si le rendez-vous est fixé chez l’un des acteurs. Lors d’un rendez-vous galant dans un café, on peut arriver une demi-heure avant, le temps de boire un café, de se mettre dans l'ambiance du lieu et de décompresser un peu.

 

Mais d’après vous, quel est le temps de retard tolérable ? Vous êtes en retard et vous en pâtissez ?  Vous connaissez des gens toujours en retard et cela vous gêne ? Vos expériences nous intéressent.

 

 

Photo © Fotolia - alphaspirit

Betty_Nelly, 12.07.2018