Tous fans de romans policiers ?

Tous fans de romans policiers ?

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Il nous donne des sueurs froides, nous laisse parfois même en apnée, l’oreille tendue vers des pas imaginaires qui se dirigeraient tout droit sur notre chambre à coucher ; certaines images, des années après, ne nous quittent pas … et pourtant nous y revenons toujours. Le roman policier, appelé aussi familièrement « polar » reste l’un des genres littéraires les plus prisés du public français, notamment des femmes et des plus de 50 ans.  Il s’en est vendu 18 millions d’exemplaires en 2017, ce qui représente environ 17% des ventes d’œuvres de fiction écoulées en librairie. Pour comprendre les raisons d’un tel succès, nous reviendrons sur les origines de la littérature policière. Nous essaierons ensuite d’analyser ce qui nous rend accros au polar pour enfin découvrir son évolution au cours des dernières décennies. Car la longévité d’un tel succès ne vient-elle pas de sa capacité à sans cesse se renouveler ?

 

Particularités et origines du roman policier

Le roman policier est un genre littéraire qui englobe plusieurs catégories : le thriller, le roman " à énigme ", le roman d’espionnage, le roman noir ou encore le roman policier historique. Au cœur du roman policier est l’élucidation d’un crime autour d’une énigme policière qui s’articule autour de 6 invariants : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l'enquête. On fait remonter l’origine du roman policier à la première moitié du XIXe siècle marquée par la révolution industrielle. L’urbanisation croissante et parfois sauvage, qui donne naissance à des quartiers mal famés, contribue au développement d’intrigues criminelles. Cette période correspond aussi à l’essor de la presse à grand tirage qui faire la part belle aux faits divers et propose des feuilletons basés sur une trame criminelle. Beaucoup considèrent qu’Edgar Poe, à travers ses premières nouvelles publiées dans les années 1840 et directement inspirées de faits divers, est le père fondateur du genre.  Il a en effet créé le personnage narrateur confident qui est une sorte de lecteur dans le texte ainsi qu’une atmosphère terrifiante autour d’objets ensanglantés… Mais la première véritable figure de détective voit le jour sous la plume de Conan Doyle ; il s’agit de Sherlock Holmes. S’ensuivront d’autres, toutes aussi populaires : Rouletabille, Arsène Lupin, Hercule Poirot, Maigret, etc… Longtemps considéré comme un genre mineur appartenant à la paralittérature, ce n’est que depuis la fin des années 70 que le « polar » jouit d’une certaine reconnaissance intellectuelle dont l’apogée est sans conteste l’entrée de Simenon dans la Pléiade.

 

Le polar : un genre divertissant mais aussi révélateur de nos failles

Un bon polar tient le lecteur en haleine. Celui-ci est au cœur de l’intrigue et essaie aux côtés du protagoniste central de la résoudre. Il est parfois mis sur de fausses pistes, ce qui rend le récit encore plus haletant. Tout ce suspens provoque un grand plaisir cérébral. Soulignons aussi que les auteurs de polars nous proposent souvent de suivre un protagoniste central enquêteur/trice sur plusieurs tomes. On s’attache alors souvent à cette figure principale, à son entourage et parfois même à son environnement comme aux ruelles d’Ystad, la ville du commissaire Wallander ou au Paris de Maigret. Malgré la particularité du job de policier qui nous intrigue et peut nous rendre admiratif, on découvre souvent un héros ordinaire confronté comme tout à chacun à ses doutes et faiblesses, à des problèmes relationnels et qui peut être englué dans un quotidien pas plus reluisant que le nôtre. Les polars nous plaisent car il faut aussi reconnaitre qu’on aime avoir peur, la transgression, mais bien au chaud sous la couette ou au fond de son canapé ! On peut faire un parallèle avec les histoires de sorcières ou de loups qui nous attiraient petits. Comme le rappelle Michel Lejoyeux, professeur en psychiatrie : « Cela éveille quelque chose de l’ordre de la libido. On a tous en nous un peu de masochisme. Nous en tirons un plaisir ». Enfin le polar fascine, parce qu’il tourne autour de cette grande inconnue : la mort et qu’il raconte aussi la condition humaine et ses faiblesses : la jalousie, la luxure, la frustration, la lâcheté, etc… Il nous permet aussi de relativiser notre situation, si pénible soit-elle.

 

Le polar, un genre aux multiples facettes qui se mondialise !

La popularité du polar au fil du temps s’explique surtout du fait qu’il se renouvelle sans cesse. Le roman policier est un genre qui se décline à l’infini : thrillers politiques, romans policiers historiques, éthiques, écologiques, intrusion du fantastique…A noter le succès actuel de la littérature policière des grands espaces, comme celle du suédois Johan Theorin qui nous fait découvrir l’ile d’Öland ou de Craig Johnson qui nous emmène dans les hautes plaines du Wyoming. Cette diversité n’est pas seulement liée aux thèmes abordés mais elle s’illustre aussi dans la multi-culturalité de l’offre. Si les auteurs américains ou anglais ont connu leur heure de gloire à partir des années 70 (Mary Higgings Clark, P.D. James, etc…), c’est une vague scandinave qui a déferlé dans les années 90 avec des auteurs comme Indriðason, puis Camilla Läckberg et dont le point d’orgue a été le succès de la trilogie Millenium du suédois Stieg Larsson. Le polar dépasse aujourd’hui encore un peu plus les frontières. C’est au tour de la littérature policière africaine de faire son entrée sur la scène internationale avec de jeunes auteurs comme Janis Otsiemi surnommé le James Ellroy gabonais ou l’ivoirien Lucio Mad. A découvrir d’urgence pour encore un peu plus de dépaysement !

Êtes-vous amateur/trice de romans policiers ? Si oui, pourquoi ? Quels sont vos auteurs préférés ? Aimez-vous découvrir de nouveaux courants ? Vos témoignages nous intéressent !

 

Photo © Adobe – Auteur : 7sentidos

charlotte4575, 07.01.2021