Ces professions qui se féminisent

Ces professions qui se féminisent

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Depuis les années 1960, les femmes ont progressivement investi le marché du travail pour y occuper une place presque équivalente à celle des hommes. Pourtant, on estime aujourd’hui que 17 % seulement des métiers sont mixtes. Les femmes sont très présentes dans le tertiaire, le social, la santé et l’enseignement. Les hommes le sont principalement dans l’agriculture, l’industrie, la construction. Pourquoi un tel clivage ? Nous verrons que les femmes se sont pourtant très tôt battues pour vivre leurs ambitions mais que de nombreux préjugés sur les métiers soi-disant masculins subsistent. Et c’est vrai qu’observer une femme monter sur l’estrade pour diriger un orchestre, prendre les commandes d’un long courrier ou d’un engin de manutention nous interpelle encore souvent ! Pourtant les choses bougent, doucement mais sûrement !

 

Se travestir pour vivre sa passion

Parmi les femmes emblématiques qui ont très tôt occupé des fonctions traditionnellement réservées aux hommes, on peut bien sûr citer Marie Curie, Adrienne Bolland, Jeanne Chauvin ou encore Camille Claudel. Certaines, avant elles, ont choisi une option autrement plus extrême en décidant de se travestir pour aller au bout de leur passion. En voici quelques exemples. Alors qu’au XVIIIe siècle, une ordonnance interdit aux femmes de monter à bord des navires de la Marine Royale, Jeanne Barret, jeune femme passionnée de botanique se déguise en valet pour accompagner son amant, le botaniste Philibert Commerson à bord des vaisseaux l’Étoile et La Boudeuse pour l’expédition de Bougainville. Elle deviendra ainsi la première femme à faire le tour du monde.

De même un peu plus tard mais Outre-Manche, Margaret Ann Bulkley devient James Barry pour pouvoir faire des études de médecine. Elle exercera son métier de chirurgien au sein de l’armée britannique aux quatre coins du monde. Ce n’est qu’á sa mort, en 1865, et après 56 ans passés sous les traits d’un homme que la supercherie sera découverte.

Enfin un dernier exemple éloquent : il s’agit de Catalina de Erauso, « la nonne lieutenant » qui, à 15 ans, au début des années 1600, s’enfuit de son couvent basque pour mener une existence d’aventurière. Revêtue d’un uniforme masculin, elle s’illustrera, notamment en Amérique du Sud comme un soldat courageux et un duelliste hors pair !

 

Des clichés encore tenaces

Pourquoi les différences de répartition hommes / femmes selon les métiers ont-elles tendance à se maintenir, malgré les importantes transformations de l’emploi ?

Les stéréotypes restent tenaces et souvent ancrés depuis la petite enfance : les filles jouent à la poupée, les garçons aux voitures. Pas étonnant alors que les femmes soient encore peu présentes dans les métiers de l’industrie ou de la mécanique. L’usine continue d'être associée à la contrainte physique, la saleté, alors qu’elle est pourtant de plus en plus mécanisée et digitalisée. Dans le domaine des sciences, notamment, dites « dures », les femmes sont encore très sous représentées. Si l’équilibre fille-garçon est maintenu au lycée, celui-ci se rompt ensuite à l’université où les filles sont beaucoup moins nombreuses. Elles sont de plus souvent orientées vers la biologie tandis que les garçons, considérés comme plus "rationnels" le sont vers la physique ou l’informatique. Résultat, aujourd’hui, les femmes ne représentent que 8% des salariés dans les emplois en sciences ou en ingénierie. Sur 36 français lauréats du prix Nobel en sciences depuis 1901, seules 3 femmes l’ont reçu (Marie Curie, 2 fois !, sa fille Irène Joliot-Curie et Emmanuelle Charpentier en 2020).  Un autre domaine emblématique de ce clivage est l’Art. Les femmes en tant que créatrices, à quelques exceptions près - Camille Claudel, Berthe Morisot, Mme de Staël - ont longtemps été absentes du paysage artistique. L’accès à une éducation dans ce domaine ne leur était pas proposé car l’art au féminin n’était envisagé que sous la forme d’un passe-temps. D’autre part, on a longtemps estimé qu’une femme ne pouvait être un génie et créer quelque chose de tout à fait nouveau...  

 

Des métiers emblématiques qui s’ouvrent enfin aux femmes

Si on note une féminisation encourageante de certains métiers -  ingénieur, cadre contrôle-qualité, logistique-planning, industrie de transformation -, on peut mettre en lumière quelques professions qui étaient jusque-là exclusivement réservées aux hommes. On compte par exemple 9000 femmes conductrices de poids lourds aujourd’hui, contre une trentaine en 1970. Une part infime (0,1 %) de femmes étaient pilotes de ligne chez Air France en 1980 ; elles sont aujourd’hui 7,3 %. Les femmes pilotes de chasse ne sont par contre qu’une quinzaine, pas étonnant puisque le métier ne s’est ouvert à elles qu’en 1999. La profession de caristes évolue aussi puisqu’elle compte aujourd’hui 8% d’effectifs féminins. Un autre domaine emblématique fait également preuve d’ouverture : la direction d’orchestre. Quelques femmes d’« exception » seulement, à l’instar de Nadia Boulanger, s’étaient illustrées dans ce domaine au XIX et XXe siècle. Elles sont aujourd’hui encore très minoritaires, l’hexagone en compte seulement 4%, car, comme l’explique Claire Gibault, figure du métier, « ce sont des hommes qui sont à la tête des grandes institutions musicales, et donc ils engagent plus d’hommes que de femmes. Parce que c’est leur réseau, parce que ce sont leurs habitudes ». On sent néanmoins qu’une nouvelle génération de cheffes d’orchestre, bien décidée à s’affirmer, émerge. Enfin en politique, de plus en plus de femmes sont élues ministres : parité sous le gouvernement Castex avec 8 femmes et 8 hommes. A quand la prochaine Présidente de la République française ?...

Avez-vous (mesdames, et messieurs d’ailleurs :-), eu l’impression dans votre orientation professionnelle d’être guidé (e) par une logique de genre ? Avez-vous, ou évoluez-vous dans des métiers où vous êtes minoritaire ? Observez-vous une évolution favorable à la mixité ? Vos témoignages nous intéressent !

 

Photo © Adobe – Auteur : globalmoments

charlotte4575, 15.04.2021

AMELIE97
0 | 18.04.2021 08:38

La féminisation facile des métiers exclusivement en "eur" par le "e" final m'a choquée. Ainsi quand en fin de carrière je me suis retrouvée professeure, et bien ça ne me plaisait pas. Et pourtant dans le secondaire de la 6ème au BTS nous étions déjà en grande majorité des femmes, mais à l'université, il y avait encore le plus grand nombre de professeurs messieurs.
On a même abandonné les féminins peu usités en esse : entre Docteure et doctoresse il y a une différence en défaveur du "esse", c'est net. Les professions traditionnellement masculines et se terminant par "e", elles , gardent leur aura : nous montons dans le long courrier piloté par un pilote ou une pilote et on dit encore commandant de bord plutôt que commandante de bord . Les professions se terminant par er au masculin n'ont pas du tout intérêt à passer au féminin : entre couturier et couturière, entre cuisinier et cuisinière, entre boulanger et boulangère, il y a un fossé énorme.
Et être reporter de guerre, c'est être la ou le reporter de guerre, mais on ne rajoute pas de "e". On dira elle est grand-reporter, mais pas grande reporter. D'ailleurs journaliste est un métier dépourvu grammaticalement de sexisme. Mais essayons de penser avec un siècle de plus, en 2200, voyons comment les professions vont définitivement (je l'espère) se délivrer d'étiquettes dévalorisantes suivant si elles sont dites au féminin ou au masculin... Tout de même, quand une profession se masculinise, elle change de nom. On ne dit pas d'un homme qu'il est sage-femme, on utilise un terme plus scientifique (je ne sais plus lequel, je crois maïeuticien, d'ailleurs contesté par les médecins), mais le fait est que lorsqu'un homme pratique un métier de femme par la tradition, il devient hissé à un niveau supérieur ne serait-ce que par le titre que l'on va modifier, car si l'on a accepté pendant longtemps que les femmes exercent des métiers dont le nom est exclusivement masculin, on refuse tout de même que les hommes exercent des métiers dont le nom ne relève pas de leur genre sexuel... Autrement dit, si on a accepté (ou si on a fait semblant d'accepter) depuis longtemps une sorte de dérogation d'usage du métier à nom exclusivement masculin exercé par des femmes, on dénie aux hommes de se hisser aux spécialisations de femmes nommées par le féminin . Il y a encore un grand machisme dans tout ça, et ce machisme est en fait bien souvent voulu par les femmes. Car enfin, qu'a -t-on besoin de rajouter un "e", l'article suffit, non ?

lisa172
1 | 17.04.2021 16:40

Bonjour ,
Pas toujours une véritable vocation , mais avec le temps ..tout vient .Dés ma sortie d'école en 1962 , j'ai embranché cette voie .Et je me suis prise au jeu , grade par grade pour terminer receveur percepteur (disparus ce jour), la réforme aidant
Les gens bienveillants me prendre cette voie ne manquaient pas de me dire ---"tu vas te
casser les dents c'est un métier d'homme .ils ont vus , ils étaient battus eux les bienveillants
Bonne soirée
DL

AMELIE97
2 | 16.04.2021 05:35

Je me suis trompée, c'est "Jeanne il était une femme". Editions "Livres sans frontières". (2018).

Je pense qu'il était plus que temps que nous éduquions nos enfants en leur ouvrant les possibilités des sports et métiers et goûts relevant aussi bien du masculin que du féminin traditionnels . Ce virage s'est fait après les années 70, et c'est un bien pour tous. Je trouve que les hommes se retrouvent mieux dans leur humanité aussi en leur assénant moins le rôle guerrier, gros bras. Nous avons tous à y gagner.

Antoinemichel
2 | 15.04.2021 19:45

Pour avoir côtoyé professionnellement de nombreuses dames, je pense qu'il est grand temps que cette forme de (machisme) disparaisse.La ou l'homme a sa (force),la femme a sa subtilité,et son intelligence,la femme a largement sa place dans cette société ,cette dernière étant encore beaucoup trop conservatrice a mon gout .....

AMELIE97
4 | 15.04.2021 17:06

" Jeanne iI était un homme " très beau roman écrit
Par Lisiane Bernadette Thomas a eu plusieurs prix littéraires. Elle fait partie de l'équipage habillée en homme et ce n.est qu.à Tahiti où débarque l.expédition de Bougainville que les Tahitiens plus sensitifs sûrement dévoilent sa véritable identité. Cependant elle continue le tour du monde mais restera à.l.ile de Feance accompagnant le savant Commerson qui y décède . Jeanne Barret sera rapatriée en France où une pension royale lui sera octroyée pour ses mérites.

ninoudu30
4 | 15.04.2021 16:46

Bonjour,
Pour ma part non mais pour ma dernière fille, je me suis accrochée avec un prof de SVT car pour lui comme ma fille était en S, elle devait faire médecine, donc il ne comprenait pas qu'elle ne s'intéressait pas beaucoup sur tout ce qui tournait autour de ce domaine. Aujourd'hui elle fait ce qu'elle a voulu faire depuis sa 6 ème, ingénieur en informatique. Y a pas si longtemps que ça, elle n'était la seule femme parmi que des hommes, depuis cet année, une nouvelle femme vient de faire son arrivée. Elle s'entend très bien avec ses collègues masculin qui pour certaines la considère comme leur soeur ou leur fille selon leur âge.