Disparitions volontaires

Disparitions volontaires

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Chaque année en France plus de 10.000 personnes adultes abandonnent tout : enfants, famille, emploi et amis. Ces adultes qui s'éclipsent de leur plein gré du jour au lendemain sont appelés disparus volontaires. Ils laissent derrière eux une famille angoissée, tremblant d’avoir perdu à jamais un être cher et ayant peu de moyens de les retrouver. En France, un adulte a parfaitement le droit de disparaitre. Seules les disparitions jugées inquiétantes font l’objet d’une véritable enquête. La recherche dans l’intérêt des familles abrogée en 1973. était purement administrative, coûteuse et n’aboutissait que rarement.

 

Disparus sans laisser d'adresse

Le phénomène va croissant. L'idée peut paraitre séduisante dans certaines situations. Qui n'a jamais rêvé de vivre une autre vie ? Laisser là les dettes, un patron exécrable, un manque d’amour, une précarité inquiétante ou simplement des regrets. Tout cela peut gangrèner petit à petit notre vie. Certaines circonstances rendent notre quotidien angoissant jusqu'à nous donner envie de tout plaquer sans se retourner. Mais peu parmi nous passent à l’acte.

Pour assouvir un besoin irrésistible de partir, certains préméditent leur fuite des jours et parfois même des années à l‘avance. Ils préparent minutieusement tous les détails de leur renaissance (faux papiers d’identités, compte en banque à l’étranger etc) avant de commencer une nouvelle vie  loin des proches. D'autres, sous le coup d'une impulsion irrésistible, se laissent envahir par leurs émotions. Ils sont en proie à une pression insoutenable. Soif d’amour, de reconnaissance, problèmes qui paraissent insolubles comme le surendettement ou la perte du travail, autant de raisons de fuir. Une personne désespérée pense qu'elle n'a plus rien à perdre et tente le tout pour le tout pour échapper aux problèmes et aux reproches.

 

Retour aux sources

Ceux et celles qui veulent disparaître peuvent aussi être motivés par le besoin de se reconnecter avec eux-mêmes, de vivre autrement, de réaliser enfin leur rêve. Un disparu volontaire, René, 50 ans, originaire de Marseille raconte. «Je bossais comme un imbécile du matin au soir, mon patron n’était jamais content, ma femme était d’une jalousie maladive et empoisonnait notre existence“. Un cas parmi tant d’autres, car il n'y a pas de profil-type. Parfois un mot de trop peut amener à franchir ce pas extrême. René a décidé de partir d’une minute à l’autre. Il est parti en un premier temps en forêt dans laquelle il a vécu plusieurs semaines en hermite.Il voulait revenir aux sources. Il raconte le bonheur de s’être retrouvé au coeur de la nature, face à ses merveilles. Il a vécu l’osmose avec l‘environnement naturel comme une thérapie qui lui a sauvé la vie.

Se construire une nouvelle personnalité, dans une autre ville, voire même un autre pays avec un nouvel entourage, voilà  ce à quoi aspirent ces disparus volontaires. Ils fuient le constat négatif d'une vie qui diffère de leurs réelles aspirations et qui parait aboutir à un cul-de-sac. Prendre la poudre d'escampette sans exposer les raisons de sa fuite à quiconque. Rien ne parait pouvoir retenir une personne déterminée à partir. Parmi ces disparitions certains regagnent leur domicile tandis que d'autres rompent définitivement avec leur passé.

 

Retours inespérés

 Quelquefois inédites, souvent déconcertantes, ces histoires semblent être tirées de romans. Pourtant lorsqu'ils livrent leurs témoignages, les disparus volontaires se souviennent exactement du jour où tout a basculé. "Je ne me sentais pas à la hauteur " Laissée dans le désarroi et le silence durant des mois, la famille ne comprend pas pourquoi Jimmy est parti ainsi sans crier gare. Il avait 26 ans à l'époque et avait profité de son déménagement dans la capitale pour ne pas transmettre ses coordonnées et ne plus donner signe de vie à sa famille originaire  de Lorraine. " Mes parents étaient occupés à divorcer et j'avais déjà rompu les liens avec mes amis. " Ses sœurs, dont il était pourtant très proche, resteront aussi sans nouvelles durant plus de deux ans. "Je pensais démarrer une nouvelle vie, j'avais perdu mon emploi et ne trouvais pas la force d'appeler ma famille par peur de les décevoir à nouveau." C'est finalement sa petite soeur qui parvint à le retrouver.

Personnellement j’ai suivi de près l’histoire de Jacques, 22 ans lors de sa disparition. Il est originaire de Bourgogne. Il a disparu un beau matin du logement de ses parents, sans laisser de message ou d’adresse. Pendant plus de 20 ans ses parents ont vécu dans une affreuse angoisse. Aucune recherche n’a abouti. Je voyais souvent sa mère, une adorable vieille dame. Elle ne croyait plus jamais le revoir. Or un jour des amis lui ont dit qu’ils avaient vu Jacques dans une station de ski. Renseignements furent pris. Oui, c’était bien Jacques, marié, deux enfants. Il est venu voir sa mère et des relations se sont recréées. Un jour que nous étions en apparté, j’ai demandé à Jacques la raison de sa disparition. Sa réponse: „La gentillesse et la douceur de ma mère m’étouffait.“ A ma question, s’il regrettait son geste, il répondit qu’il regrettait de ne pas avoir revu son père vivant et d’avoir laissé sa mère dans la douleur. Mais sinon aucun regret, il s’était construit une vie selon ses aspirations.

 

Que pensez-vous de ce sujet ? Connaissez-vous des histoires semblables ?

 

Photo © Fotalia - Urheber: Fotos 593

Betty_Nelly, 11.02.2016