Réflexions sur la notion de luxe

Réflexions sur la notion de luxe

5 | 3823 Consultations

« C'est du luxe ! ». Cette expression familière renvoie à la dimension inutile et futile du luxe. Mais est-ce l’unique définition du luxe ?  Le luxe est-il un mode de vie principalement axé vers des dépenses consacrées au superflu et à l’achat de produits haut de gamme et très rares ? Est-ce la mise en scène d’une consommation ostentatoire dans le but de susciter la jalousie d’autrui ?  Un raffinement du goût ? Une certaine débauche ? Ou peut-il correspondre à un très bon moment passé à la terrasse d’un café en compagnie d’une personne aimée, à un beau voyage ou tout simplement au fait d’être en bonne santé ?  Creusons un peu.

 

Evolution du luxe à travers le temps

Le luxe est ancré dans l’histoire de l’humanité depuis des temps ancestraux. Les Egyptiens avaient déjà le souci du beau et du bien être, de la distinction sociale par la détention et l’utilisation de produits rares tels que le parfum ou les bijoux. Au fil du temps, le luxe est devenu un moteur puissant de découvertes artistiques et techniques mais également un sujet conflictuel profond. Du XVIème au XVIIIème siècle, le luxe est effectivement au centre de débats philosophiques, religieux, économiques et moraux. Ainsi Voltaire considèrait-il le luxe comme un « véritable moteur économique » et « le superflu, une chose très nécessaire » alors que Rousseau le percevait comme « un mal moral ayant des conséquences physiologiques  (la langueur, l’amollissement) et étant « à l’origine de tous les maux de la cité». La fin des années 40 peut être qualifiée de frénésie du luxe: les secteurs de la haute-Couture, de la parfumerie et de l’automobile haut de gamme correspondaient alors à un univers un peu isolé du reste du monde.  A partir de 1980, le luxe prend une nouvelle dimension. Les petites boutiques familiales et leurs ateliers artisanaux voient alors apparaitre une forme d’organisation nouvelle : les groupes de luxe, basés sur une logique financière et industrielle.

 

Héritage, qualité et pérennité

Alors que certains voient dans le luxe un moyen d’étaler leur richesse et leur pouvoir, en achetant à outrance des produits de grande marque (exemple des malls à Dubai), d’autres sont surtout attachés à la qualité, au raffinement qu’offrent les produits rares et très chers.  Ils affectionnent des pratiques de production plus artisanales, associées donc à la rareté du produit, afin d’avoir le « privilège » de porter une pièce unique ou ultra rare. En effet, le luxe, c’est avant tout une histoire d’héritage qui se transmet au fil des générations, un savoir-faire inégalable qui donne au produit son authenticité. Derrière tout produit de luxe, il y a un artisan rendant le produit unique, parfois imparfait car marqué de la main de l’homme: c’est ce qui en fait son originalité et sa préciosité.  Pour qu’il y ait luxe il faut de la rareté, de l’exceptionnel et une part d’inaccessibilité. Enfin le luxe est fait pour durer, il ne s’inscrit pas dans une période déterminée, il est hors du temps.

 

Le luxe, une notion subjective

Le véritable luxe dépend de notre perception de ce qu’il est. Ainsi que de notre capacité à définir des principes sains pour vivre notre propre luxe. Le luxe est une notion relative qui dépend de notre position dans l’échelle sociale. Ainsi, pour une personne qui a toujours été entourée de voitures prestigieuses, de palaces, de restaurants étoilés, etc. « le véritable luxe » sera bien différent de ce qu’il est pour le « commun des mortels ». Allons encore plus loin. Qu’en est-il des habitants des pays pauvres, quelle vision du luxe ont-ils par rapport à nous, habitants de pays riches et assaillis en permanence par les médias et la consommation de masse ? Peut-être que pour eux, le véritable le luxe, c’est tout simplement d’avoir leurs familles à leurs cotés, de faire quelque chose d’important pour leur village, de s’entraider et de respecter les autres? Le véritable luxe réside non seulement dans notre manière de le percevoir, mais surtout dans notre manière de l’apprécier pour ce qu’il est: prendre son temps, se nourrir mieux, s’occuper de soi. Ce sont des « petits luxes » de bien-être que la plupart d’entre nous peut s’offrir : n’importe quelle frivolité seulement destinée à se faire plaisir… Ce luxe est épanouissant et sain, car on le choisit pour soi et non pour s’identifier à l’autre. Il n’est ni lié aux marques ni à l’apparat, et reste affaire de goût personnel. Ce luxe-là permet d’affirmer son identité.

Enfin, on constate une évolution de la notion de luxe. Ainsi le consommateur cherche à posséder moins mais mieux. Cette recherche du qualitatif renvoie à un plaisir égotique, où ce n’est plus le prix qui déclenche l’achat, mais où le consommateur veut investir dans ce qui lui est cher. Elle est aussi liée à la prise de conscience actuelle des dégâts environnementaux et sociaux causés par la surconsommation.

 

Et vous, quelle que soit votre condition sociale, quelle est votre définition du luxe ? Quel est le genre de luxe qui vous rend heureux ? Vos témoignages sont les bienvenus !

 

Photo © Adobe – Auteur : Anneleven

 

Betty_Nelly, 10.10.2019